Le journaliste, scénariste et réalisateur Anis Djaâd n’est plus. Avec lui disparaît une voix singulière, passée de la rigueur des salles de rédaction à la lumière des plateaux de tournage, sans jamais renoncer à l’exigence du regard.
Né le 29 avril 1974 à Alger, où il a grandi, Anis Djaâd semblait promis à une trajectoire toute tracée. Fils du talentueux Abdelkrim Djaâd, beaucoup l’imaginaient suivre les pas paternels. Il choisira pourtant sa propre voie — fidèle à un tempérament discret mais déterminé.
Il fait ses premiers pas dans le journalisme au Soir d’Algérie, avant de rejoindre le quotidien La Tribune, où il animera longtemps la rubrique internationale. Ceux qui ont travaillé à ses côtés se souviennent d’un esprit curieux, précis, attentif aux soubresauts du monde. Mais derrière le journaliste, pince-sans-rire, se dessinait déjà un autre horizon.
Car très tôt, une passion plus impérieuse encore s’impose à lui : le cinéma. L’image, la narration visuelle, la construction de personnages deviennent son nouveau langage. Il décide alors de donner un tournant décisif à sa vie. Il débute comme assistant réalisateur, apprend les rouages du métier sur le terrain, puis se lance dans l’écriture de scénarios avant de passer lui-même derrière la caméra.
Ses premiers courts métrages révèlent une sensibilité particulière, attentive aux silences et aux fractures intimes. Le Hublot (2012) marque ses débuts à la réalisation. Deux ans plus tard, Passage à niveau (2014) lui vaut le prix du meilleur réalisateur et celui de la meilleure interprétation masculine au Festival du court métrage maghrébin d’Oujda. En 2016, Le Voyage de Keltoum confirme son talent, récompensé notamment au Festival Image et Vie de Dakar et au Festival maghrébin du film d’Oujda.
En 2021, il franchit le cap du long métrage avec La Vie d’après, œuvre sensible et maîtrisée, sélectionnée dans plusieurs festivals et distinguée par une mention spéciale au Festival d’Amiens ainsi que par le Prix de la critique africaine aux Journées cinématographiques de Carthage. En 2023, il signe The Night of Abed, poursuivant une filmographie marquée par l’exploration des blessures invisibles et des trajectoires humaines fragiles.
Parallèlement à son travail de cinéaste, Anis Djaâd était également écrivain. Avec des romans comme Matins parisiens et L’odeur du violon, il prolongeait son univers narratif, mêlant introspection, mémoire et errance.
Du journalisme au cinéma, du reportage à la fiction, son parcours raconte celui d’un homme qui n’a jamais cessé de chercher la justesse. Ceux qui l’ont connu évoquent un créateur exigeant, un collègue loyal, un homme pudique dont l’œuvre parlait souvent à sa place.
Avec la disparition d’Anis Djaâd, le cinéma algérien perd un des ses nouveaux talents. Anis Djaâd était un regard sensible et une voix en pleine maturité. Mais ses films, eux, continueront de témoigner de cette fidélité obstinée à l’humain.










