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Au Niger, Alger avance ses ambitions énergétiques et africaines

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Au Niger, Alger avance ses ambitions énergétiques et africaines

Le premier ministre algérien Sifi Ghrieb entame lundi 23 mars une visite officielle à Niger, à la tête d’une importante délégation ministérielle, dans un contexte marqué par la montée des enjeux énergétiques et l’intensification des dynamiques d’intégration régionale. Ce déplacement, effectué sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, coïncide avec la tenue de la deuxième session de la grande commission mixte algéro-nigérienne.

À son arrivée à Niamey, le chef du gouvernement algérien a été accueilli par son homologue nigérien, Ali Lamine Zeine, dans une atmosphère marquée par la volonté affichée des deux capitales de consolider un partenariat qualifié de « stratégique ».

Une visite au cœur des recompositions énergétiques

Au-delà du cadre protocolaire, cette visite s’inscrit dans une conjoncture énergétique internationale en profonde mutation. L’Algérie cherche à redéfinir sa place dans l’architecture énergétique méditerranéenne et européenne, en combinant sécurisation des réserves, modernisation des infrastructures d’exportation et diversification du mix énergétique.

Le projet d’oléoduc et surtout le futur gazoduc transsaharien figurent parmi les dossiers centraux des discussions. Ce corridor énergétique, long d’environ 4 000 kilomètres, doit permettre d’acheminer le gaz nigérian vers l’Europe via les réseaux existants algériens, notamment le gazoduc Transmed vers l’Italie et Medgaz vers l’Espagne. Pour Alger, l’enjeu est double : consolider son statut de fournisseur fiable et offrir au continent européen une route alternative dans un contexte de recomposition des approvisionnements.

Doté d’une capacité potentielle de 30 milliards de mètres cubes par an, ce projet est perçu comme un levier majeur pour renforcer la valeur géo-énergétique de l’Algérie, à l’heure où la sécurité des flux gaziers demeure une priorité pour les marchés européens.

Consolider les réseaux existants

Parallèlement à ces perspectives d’expansion, les autorités algériennes misent sur la consolidation des infrastructures actuelles. Un programme de maintenance et de modernisation portant sur près de 3 576 kilomètres de canalisations doit être engagé en 2026 par la compagnie nationale Sonatrach, en coopération avec des partenaires étrangers.

L’objectif affiché consiste à réduire les risques d’interruption, améliorer l’efficacité opérationnelle et garantir la continuité des livraisons vers les marchés européens. Cette stratégie traduit une approche pragmatique : renforcer le socle existant tout en préparant les capacités futures.

Miser sur l’amont pour sécuriser l’avenir

Dans le même temps, Alger poursuit ses efforts pour élargir la base de ses réserves d’hydrocarbures. Le gaz naturel continue de représenter près de 90 % des exportations du pays, malgré l’érosion progressive de certains champs matures.

Pour répondre à cette contrainte, l’Agence nationale de valorisation des ressources en hydrocarbures prépare une nouvelle campagne d’attribution de permis d’exploration, notamment dans les zones frontalières et dans les ressources non conventionnelles, dont le gaz de schiste.

Plusieurs projets structurants sont également en cours. Un accord de partage de production d’une valeur estimée à 5,4 milliards de dollars a été conclu avec la société saoudienne Midad Energy dans le bassin d’Illizi. Par ailleurs, la modernisation du pôle gazier de Hassi R’mel, évaluée à 2,3 milliards de dollars, doit permettre l’entrée progressive en service de nouvelles stations de compression à partir de la fin de l’année 2026.

Selon les estimations avancées, le seul projet d’Illizi pourrait ouvrir la voie à l’exploitation d’environ 125 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires.

Vers une diversification énergétique

Mais la stratégie algérienne ne se limite pas au gaz. Le pays ambitionne également de se positionner sur les nouvelles chaînes de valeur énergétiques, notamment l’hydrogène vert et les énergies renouvelables.

Un projet pilote de production d’hydrogène d’une capacité de 50 mégawatts est en développement à Arzew, avec l’objectif d’atteindre à l’horizon 2040 une production annuelle de 40 térawattheures d’hydrogène et de ses dérivés. En parallèle, un programme de déploiement de 3 200 mégawatts d’énergie solaire doit être finalisé d’ici fin 2026 pour alimenter les futurs projets d’électrolyse.

Dans le prolongement de cette orientation, Alger a lancé fin 2025 une étude de faisabilité pour le corridor SoutH2, destiné à transporter jusqu’à 4 millions de tonnes d’hydrogène vert par an vers les centres industriels européens, en réutilisant une partie des infrastructures gazières existantes.

Coopération régionale et ambitions africaines

La visite de M. Ghrieb intervient également dans une logique d’intégration continentale. Les discussions portent sur plusieurs projets structurants, dont la route transsaharienne, le raccordement en fibre optique et le développement de partenariats dans les domaines de la sécurité, de la santé, de l’agriculture ou encore de l’enseignement supérieur.

Un forum d’affaires algéro-nigérien doit réunir des opérateurs publics et privés des deux pays afin d’explorer de nouvelles opportunités d’investissement et d’intensifier les échanges commerciaux.

Pour Alger, cette séquence diplomatique traduit une ambition plus large : consolider son rôle de hub énergétique régional tout en renforçant son ancrage africain. La capacité à concrétiser les grands projets annoncés et à transformer les coopérations politiques en réalisations économiques tangibles constituera, dans les prochaines années, un test décisif pour cette stratégie multidimensionnelle.

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