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CAN-2025 : l’arbitrage, du soupçon initial au naufrage final

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l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala Ngambo

Présentée avant son entame comme la plus aboutie de l’histoire du football africain, la CAN-2025 s’est finalement achevée dans le fracas, laissant derrière elle une image profondément ternie. Non pas par l’organisation, ni par le niveau des infrastructures, mais par un arbitrage contesté de bout en bout, devenu au fil des matches le véritable fil rouge d’un tournoi qui a basculé dans la défiance, puis dans le chaos.

Le malaise n’est pas né en finale. Il s’est installé très tôt, dès la 1/8 de finale du du pays hôte, le Maroc, face à la Tanzanie. Une rencontre a priori sans enjeu majeur, mais au cours de laquelle plusieurs décisions arbitrales jugées généreuses en faveur des Lions de l’Atlas ont suscité les premières crispations. À ce moment-là, les critiques restaient feutrées, presque banales dans une CAN habituée aux polémiques. Mais la graine du soupçon était semée.

À partir de là, chaque sortie du Maroc a été scrutée à la loupe. Le quart de finale face au Cameroun a marqué un premier tournant. La colère des Lions indomptables, privés d’un penalty évident après une faute sur Bryan Mbeumo, a ouvertement mis en cause l’impartialité du corps arbitral. La suspension infligée à Samuel Eto’o, président de la Fédération camerounaise, pour « mauvaise conduite » et l’amende de 20 000 dollars, n’a fait qu’amplifier l’idée d’un système crispé, incapable de désamorcer les tensions. La question n’était plus de savoir si l’arbitrage était contesté, mais s’il n’était pas devenu le principal facteur de perturbation du tournoi.

La finale Maroc-Sénégal n’a été que l’aboutissement logique de cette dérive. Une rencontre sous haute tension, où chaque décision semblait porter le poids des polémiques accumulées depuis trois semaines. Le but refusé au Sénégal pour une faute jugée légère sur Achraf Hakimi, puis le penalty accordé au Maroc dans les dernières secondes du temps réglementaire, ont fait exploser une situation déjà inflammable.

Dépassé, cerné par les joueurs, assourdi par les sifflets d’un stade en fusion, l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala Ngambo a donné l’image d’un homme sans autorité, prisonnier d’un match qui lui échappait totalement. Pour des anciens arbitres internationaux, le diagnostic est sévère : décision prise trop vite, gestion approximative de la VAR, incapacité à calmer les esprits. Le résultat a été immédiat : les joueurs sénégalais quittant la pelouse en signe de protestation, une interruption de près de vingt minutes et une finale basculant dans l’absurde.

Retransmise dans le monde entier, la scène a symbolisé l’échec de l’arbitrage à protéger l’équité sportive. Elle a surtout clos la CAN de la pire des manières pour le pays hôte. Même la cérémonie de remise du trophée s’en est trouvée parasitée, le prince Moulay Rachid refusant ostensiblement de donner la coupe aux gagnants, dans une atmosphère lourde de colère contenue.

Ironie cruelle : jamais une CAN n’avait été aussi réussie sur le plan logistique mais cette réussite s’est fracassée sur un élément fondamental : la crédibilité de l’arbitrage.

En alimentant, match après match, l’idée que le Maroc bénéficiait d’un traitement de faveur, réel ou supposé, le comité d’organisation à travers un choix contestable des arbitres a installé un climat délétère. « C’était malsain », a reconnu lui-même Walid Regragui, sélectionneur des Lions de l’Atlas. Une atmosphère empoisonnée où chaque coup de sifflet devenait suspect, chaque décision un potentiel scandale.

Le fiasco final n’est donc pas un accident isolé, mais le produit d’une accumulation de fautes, d’erreurs d’appréciation et d’un manque flagrant d’anticipation de la part des instances. En condamnant les comportements des joueurs sénégalais tout en promettant des sanctions, la FIFA et la CAF tentent aujourd’hui de reprendre la main. Mais le mal est fait.

La CAN-2025 restera comme celle où l’arbitrage, au lieu d’être un garant du jeu, en est devenu l’un des principaux fossoyeurs. Dès les 1/8 de finale notamment le match du Maroc contre la Tanzanie, et jusqu’au chaos de la finale, il aura transformé une vitrine du football africain en un terrain miné par la suspicion et la colère. Une leçon amère pour une compétition qui ambitionnait d’entrer dans l’histoire par le haut.

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