La grande militante palestinienne et diplomate de premier plan, Leïla Shahid, s’est éteinte ce 18 février à l’âge de 76 ans. Pendant plus de vingt ans, elle fut le visage et la voix de la Palestine en France et auprès des institutions européennes, portant avec constance et intelligence la cause de son peuple au cœur même des capitales occidentales.
Née en 1949 à Beyrouth, Leïla Shahid appartient à une famille profondément ancrée dans l’histoire de la Palestine. Elle est la fille de Munir Shahid et de Sirine Husseini Shahid, et la petite-fille de Jamal al-Husseini.
Cet héritage familial l’immerge dès l’enfance dans les enjeux de la « Nakba » (la catastrophe de 1948) et de l’exil. Son éducation, faite de culture arabe et d’ouverture sur l’Occident, forge son identité de « femme de ponts ».
Leïla Shahid commence son engagement sur le terrain. Après des études de sociologie et d’anthropologie à l’université américaine de Beyrouth (AUB) puis en France, elle s’investit dans l’action humanitaire et sociale au sein des camps de réfugiés palestiniens au Liban.
C’est durant cette période qu’elle rejoint l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Elle devient rapidement une figure intellectuelle proche de personnalités comme le poète Mahmoud Darwich ou l’écrivain Jean Genet, dont elle sera l’une des interlocutrices privilégiées lors de son séjour au Liban.
Nommée en 1993 déléguée générale de la Palestine en France, elle occupa ce poste jusqu’en 2006, avant de représenter son pays à Bruxelles auprès de l’Union européenne. Dans une capitale où les réseaux pro-israéliens disposent d’une influence historique et structurée, Leïla Shahid a su imposer une parole ferme, argumentée et profondément ancrée dans le droit international.
Proche de Yasser Arafat, elle fut l’une des figures diplomatiques les plus respectées de la scène palestinienne, capable de conjuguer rigueur politique et humanité dans la défense d’un peuple en quête de justice et de souveraineté.
Leïla Shahid a pris sa retraite diplomatique en 2015, mais elle est resté une autorité morale consultée et écoutée. Elle incarnait une génération de diplomates qui ont su transformer une lutte armée en une bataille d’opinion et de droit, avec une élégance et une force de conviction qui ont forcé le respect de ses adversaires eux-mêmes.
« La diplomatie n’est pas l’art de plaire, c’est l’art de convaincre du bien-fondé d’une justice. », disait-elle souvent.
Avec sa disparition, la diplomatie palestinienne perd une figure emblématique, et la cause palestinienne l’une de ses voix les plus éloquentes en Europe.










