L’Algérie a perdu l’un de ses plus grands intellectuels et témoins de son histoire contemporaine. Le moudjahid et historien Mohamed Harbi s’est éteint ce jeudi 1er janvier 2026 à l’âge de 93 ans, a annoncé la Télévision nationale ce 01 janvier 2026.
Né le 16 juin 1933 à El Harrouch, dans la wilaya de Skikda, Mohamed Harbi a très tôt rejoint le combat national pour l’indépendance. Engagé au sein du Front de libération nationale (FLN) dès les premières années de la guerre de libération, il a occupé plusieurs fonctions politiques et organisationnelles de premier plan. Proche collaborateur de Krim Belkacem, il a été l’un des cadres du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et a pris part aux premières négociations avec la France coloniale, prélude aux accords d’Évian.
Après l’indépendance, Mohamed Harbi poursuit son engagement au sein de l’État algérien, avant de s’en éloigner progressivement, en désaccord avec les orientations politiques prises par le pouvoir issu de 1962. Mohammed Harbi participe aux premières négociations des accords d’Evian. Après l’indépendance en 1962, il devient conseiller du président Ben Bella. Mais, après le coup d’Etat de 1965, il est emprisonné. Il s’exilera ensuite en France En 1973.
Historien rigoureux et souvent iconoclaste, Mohamed Harbi s’impose comme l’un des principaux spécialistes de l’histoire du mouvement national algérien. Professeur à l’université Paris-VIII, il consacre sa vie à l’étude critique de la Révolution algérienne, mettant en lumière ses dynamiques internes, ses contradictions et ses non-dits. Parmi ses ouvrages de référence figurent Le FLN, mirage et réalité, Aux origines du FLN ou encore Une vie debout, ouvrages devenus incontournables pour les chercheurs et les nouvelles générations.
Témoin direct et acteur de l’histoire, Mohamed Harbi a toujours revendiqué une lecture libre et exigeante du passé, estimant que la mémoire nationale ne pouvait se construire sans vérité ni débat. Son œuvre, marquée par la rigueur scientifique et l’indépendance d’esprit, a profondément influencé l’historiographie algérienne contemporaine.
Le Front des forces socialistes (FFS) a rappelé que Mohamed Harbi devait participer, ce mois-ci, à un colloque consacré à son compagnon de lutte Hocine Aït Ahmed. « Mais le destin en a décidé autrement », a souligné le parti dans un message d’hommage.
Avec la disparition de Mohamed Harbi, l’Algérie perd bien plus qu’un historien : elle perd un témoin majeur de son combat pour l’indépendance, une conscience critique et l’une des voix les plus lucides de sa mémoire nationale.










