De New York à Los Angeles, de Chicago à Houston, de Seattle à Boston, des milliers d’Algériens établis aux États-Unis ont parcouru parfois plusieurs milliers de kilomètres pour vivre un moment qu’ils attendaient depuis des décennies : voir l’équipe nationale disputer une Coupe du monde sur le sol américain. À Kansas City comme à Santa Clara, les drapeaux verts, blancs et rouges ont transformé les tribunes en une véritable extension des stades algériens. Malgré le prix élevé des billets, les longues heures de route ou de vol, les difficultés d’hébergement et les contraintes professionnelles, la diaspora algérienne n’a pas hésité à faire le déplacement pour soutenir les Fennecs. L’ampleur de cette mobilisation est exceptionnelle. Des familles arrivées de Californie, du Texas, de Floride ou encore de la côte Est ont fait résonner les célèbres « One, Two, Three, Viva l’Algérie » dans les rues de Kansas City et de San Francisco avant les rencontres. Les cortèges improvisés, les klaxons, les chants et les drapeaux rappellent les grandes heures vécues dans les villes algérienne. À Lawrence, au Kansas, devenue le camp de base de la sélection algérienne, l’engouement a dépassé toutes les attentes. La petite ville universitaire a adopté les couleurs des Verts. Des commerçants ont décoré leurs vitrines, élargi leur offre de produits halal et vendu des centaines de tee-shirts aux couleurs de l’Algérie. L’accueil réservé aux joueurs et à leurs supporters a profondément touché la communauté algérienne, créant un véritable lien d’amitié entre les habitants du Kansas et les supporters venus de tout le pays.
Des témoignages pleins de ferveur
Rencontré à Kansas City, Rachid, originaire de Sidi Bel Abbès et installé au Texas, a effectué le déplacement en voiture avec son épouse et ses quatre garçons, tous nés aux États-Unis. Chez lui, l’amour de l’Algérie est une véritable philosophie de vie. « Je prends souvent mes enfants en vacances en Algérie. Vous avez remarqué qu’ils parlent algérien », dit-il avec fierté en regardant ses fils reprendre les chants des supporters. Fatma, venue de Chicago, estimait qu’il était impensable de manquer un rendez-vous historique de cette ampleur. Bien qu’elle s’exprime uniquement en anglais, elle a acheté des billets pour les trois rencontres des Verts. Pour elle, soutenir l’Algérie est une évidence qui dépasse la langue et les frontières. À Lawrence, Karima a parcouru des centaines de kilomètres par la route depuis l’Arizona, accompagnée de plusieurs amies américaines, simplement pour vivre l’ambiance exceptionnelle créée par les supporters algériens. « Mes amies américaines sont subjuguées par l’ambiance des Algériens. Elles sont toutes pour l’Algérie dans ce Mondial et veulent déjà venir en Algérie », raconte-t-elle avec un large sourire.
Parmi les artisans de cette mobilisation figure également Sajeeda. Née à Lawrence, cette Algéro-Américaine a été la véritable cheville ouvrière de l’accueil des supporters dans la petite ville du Kansas. Elle a coordonné de nombreuses activités et multiplié les initiatives pour faire découvrir l’Algérie aux habitants. Le bonheur de voir l’équipe nationale évoluer dans sa ville natale est pour elle une source de fierté inégalable.
Nous avons également rencontré Hamid, ingénieur installé à Boston. Il est venu avec toute sa famille, convaincu que la présence de l’équipe nationale aux États-Unis constituait un événement à ne manquer sous aucun prétexte. Marié à une Américaine, il a fait de la transmission de l’amour de l’Algérie une priorité. Ses trois filles, toutes vêtues du maillot national, participent avec enthousiasme à l’aventure. « Quoi de mieux que les Verts pour transmettre ses racines à sa progéniture ? Maintenant, ce sont elles qui achètent les billets et organisent les déplacements », confie-t-il avec émotion.
Cette Coupe du monde est également celle de la nouvelle génération. Des milliers de jeunes Algéro-Américains, nés aux États-Unis, vivent leur premier Mondial aux côtés de leurs parents. Beaucoup parlent davantage anglais que français ou arabe, mais arborent avec fierté le maillot national, brandissent le drapeau algérien et reprennent les chants des supporters.
Ces jeunes expliquent combien cette compétition leur permet de renouer avec leurs racines. Ils découvrent une communauté qu’ils ne connaissaient parfois qu’à travers les récits familiaux. Pour eux, porter les couleurs de l’Algérie ne consiste pas seulement à soutenir une équipe de football ; c’est aussi revendiquer une double appartenance et perpétuer un héritage.
À Santa Clara comme à Kansas City, les scènes de joie illustrent parfaitement cette transmission entre générations. Les grands-parents racontent les exploits de 1982 et de 2014, les parents revivent leurs souvenirs de supporters, tandis que les enfants découvrent avec émerveillement ce que signifie appartenir à une nation capable de rassembler ses enfants aux quatre coins du monde.
Cette Coupe du monde restera sans doute comme le Mondial des retrouvailles de la diaspora algérienne. Les kilomètres parcourus, les sacrifices consentis et les émotions partagées auront démontré une fois encore que l’amour de l’Algérie demeure un lien puissant, capable d’unir plusieurs générations autour d’un même drapeau et d’une même passion : celle des Verts.










