La troisième place décrochée par l’équipe nationale féminine à l’issue d’un derby maghrébin haletant face au Maroc marque une nouvelle étape dans l’ascension des Vertes. Derrière cette performance historique se trouve un groupe aux parcours multiples, dont plusieurs joueuses ont été formées en France avant de choisir de porter les couleurs de l’Algérie. De Lina Boussaha à Chloé N’Gazi, en passant par Inès Boutaleb, Morgane Belkhiter ou Amira Ould Braham, ces trajectoires racontent aussi l’histoire d’une sélection qui a su rassembler des talents issus de différents horizons autour d’un même maillot.
Lorsque le dernier tir au but marocain s’envole au-dessus de la cage de Chloé N’Gazi, les Algériennes peuvent enfin laisser éclater leur joie. Les larmes, les embrassades et les drapeaux algériens accompagnent une victoire qui restera dans l’histoire du football féminin national.
En venant à bout du Maroc au terme d’une rencontre particulièrement disputée, les Vertes décrochent la médaille de bronze de la CAN 2026 et valident leur qualification pour la Coupe du monde 2027 au Brésil. Une récompense qui vient confirmer la progression enregistrée par cette sélection, déjà quart-finaliste lors de la précédente édition.
Mais cette réussite collective raconte aussi une autre histoire : celle d’une génération de joueuses aux trajectoires diverses, dont une partie importante a été formée dans le football français.
Selon le média spécialisé Footeuses, 42 joueuses ayant grandi en France ont participé à cette CAN, dont 21 sous les couleurs de l’Algérie. Une donnée qui illustre le poids de la diaspora dans le football africain et, plus particulièrement, dans la construction de la sélection algérienne.
Ces parcours sont loin d’être identiques. Certaines joueuses sont nées en France, d’autres y ont grandi ou y ont été formées après être nées en Algérie. Plusieurs ont porté les maillots des sélections françaises de jeunes avant de faire le choix de représenter l’Algérie au niveau international.Des histoires différentes, donc, mais qui se retrouvent aujourd’hui sous un même maillot.
Lina Boussaha, un parcours entre deux maillots
Lina Boussaha est l’une des figures les plus connues de cette génération. Née à Saint-Denis, elle rejoint très jeune le Paris Saint-Germain et progresse au sein de l’un des principaux centres de formation du football féminin français. Elle porte ensuite les couleurs de la France dans les catégories de jeunes, notamment chez les U17, U19 et U20, et dispute la finale de l’Euro U19 en 2017. A cause de la décision d’Etat en France d’interdire le voile dans le football, son parcours prend une nouvelle direction en 2023 lorsqu’elle choisit de représenter l’Algérie.Après des passages par Lille et Le Havre, l’attaquante poursuit aujourd’hui sa carrière à l’étranger. Avec les Vertes, elle est devenue l’un des visages d’une sélection en pleine progression.
Son parcours illustre celui de nombreuses joueuses de la diaspora : une formation acquise en France, une expérience internationale dans les catégories de jeunes et, finalement, le choix de porter les couleurs du pays auquel les rattache leur histoire familiale.
Chloé N’Gazi, le dernier rempart des Vertes
Née à Meudon, Chloé N’Gazi commence elle aussi son parcours dans le football français avant de rejoindre le Paris Saint-Germain. Après une expérience aux États-Unis dans le championnat universitaire, elle revient en France et évolue notamment à Orléans et Fleury, avant de connaître d’autres expériences professionnelles. Internationale algérienne depuis 2021, elle s’est progressivement imposée comme l’une des cadres de la sélection. Lors de la précédente CAN, la gardienne avait déjà attiré l’attention en étant désignée meilleure gardienne de la phase de groupes par la CAF après trois rencontres sans encaisser de but.Face au Maroc, lors de la petite finale, elle a encore répondu présente au moment décisif. Les tirs au but ont finalement offert aux Vertes une médaille de bronze historique.
Inès Boutaleb, l’expérience du haut niveau
Le parcours d’Inès Boutaleb témoigne, lui aussi, de la qualité de la formation dont ont bénéficié plusieurs joueuses de cette sélection. Née à Vénissieux, elle intègre le centre de formation de l’Olympique lyonnais et connaît le très haut niveau du football féminin français. Avec Lyon, elle remporte notamment le championnat de France, la Coupe de France et la Ligue des champions en 2016.Elle connaît également les sélections françaises de jeunes, avec les U17, U19 et U20. En 2018, elle fait le choix de l’Algérie.Après plusieurs expériences en France, notamment à Grenoble et Metz, elle apporte aujourd’hui à la sélection son expérience du haut niveau et sa connaissance du football européen. Son parcours rappelle que la réussite des Vertes repose aussi sur des joueuses ayant été confrontées très tôt aux exigences du football professionnel.
Morgane Belkhiter, de la première génération au podium
Morgane Belkhiter appartient à une génération qui a connu les premières campagnes internationales de cette équipe. Née à La Ciotat, elle évolue dans plusieurs clubs français avant de rejoindre durablement le groupe algérien. Internationale depuis 2018, elle a connu les difficultés des premières participations à la CAN et fait aujourd’hui partie des cadres de la sélection. Elle a notamment participé à la CAN 2018 au Ghana, puis à l’édition 2024, au cours de laquelle l’Algérie avait atteint les quarts de finale. Deux ans plus tard, elle retrouve la compétition avec un groupe qui a franchi un nouveau palier. De ces expériences successives, Belkhiter conserve une connaissance précieuse de la sélection et de ses évolutions. Le bronze de 2026 vient ainsi récompenser une génération qui a contribué à installer progressivement l’Algérie parmi les équipes qui comptent sur le continent.
Amira Ould Braham, un parcours entre les deux rives
Amira Ould Braham rappelle, à elle seule, la diversité des trajectoires qui composent cette sélection. Née à Aïn El Hammam, en Algérie, elle grandit et se forme en France. Elle passe notamment par Juvisy, Orléans, Brest et Nantes, et connaît également les sélections françaises de jeunes. Elle choisit ensuite de représenter l’Algérie. Son parcours montre que l’histoire de ces joueuses ne peut pas être résumée à leur lieu de naissance. Certaines sont nées en France, d’autres en Algérie, mais ont été formées dans le même environnement sportif français avant de rejoindre les Vertes.
Plusieurs parcours, un même maillot
C’est peut-être là que réside l’une des principales forces de cette génération. L’équipe nationale féminine rassemble désormais des joueuses ayant évolué dans différents championnats et connu des formations différentes. Certaines évoluent en Algérie, d’autres en France ou dans d’autres championnats étrangers. Plusieurs ont porté les maillots des équipes de France de jeunes avant de choisir l’Algérie. Cette diversité n’empêche pas la construction d’une identité commune. Au contraire. Au fil des rassemblements et des compétitions, ces joueuses ont appris à évoluer ensemble, à mettre leurs expériences au service du collectif et à construire un groupe capable de rivaliser avec les meilleures sélections africaines. La troisième place obtenue au Maroc en est la meilleure illustration. Après les quarts de finale en 2024, les Vertes franchissent une nouvelle étape en 2026. Elles montent sur le podium continental et obtiennent leur qualification pour la Coupe du monde 2027.
Une nouvelle page pour le football féminin algérien
Cette médaille de bronze dépasse ainsi le seul résultat d’un match. Elle confirme les progrès accomplis par le football féminin algérien et récompense une génération qui a su conjuguer expérience du haut niveau, talent et complémentarité. Les parcours de Lina Boussaha, Chloé N’Gazi, Inès Boutaleb, Morgane Belkhiter, Amira Ould Braham et de leurs coéquipières montrent également que l’Algérie peut compter sur un vivier qui dépasse largement les frontières du championnat national. Formées dans différents environnements, parfois sur l’autre rive de la Méditerranée, ces joueuses ont fait un choix commun : celui de porter le maillot des Vertes. Le podium de la CAN 2026 marque ainsi une étape importante. Il ne constitue pas seulement la meilleure performance de l’Algérie dans la compétition. Il ouvre surtout une nouvelle séquence pour une sélection qui peut désormais regarder plus haut. Avec le Mondial 2027 en ligne de mire, les Vertes ont déjà écrit une page de leur histoire. La prochaine consistera à confirmer qu’elles sont désormais installées parmi les grandes équipes du football féminin africain.










