L’Iran a un nouveau guide suprême. Mojtaba Khamenei, fils de l’ayatollah Ali Khamenei, a été désigné dimanche à la tête du pays par l’Assemblée des experts, alors que la guerre opposant l’Iran à Israël et aux États-Unis plonge le Moyen-Orient dans une escalade militaire aux conséquences mondiales.
La succession intervient dans un contexte particulièrement dramatique. Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989, a été tué le 28 février lors d’une offensive américano-israélienne, au premier jour d’un conflit qui embrase la région depuis plus d’une semaine.
À 56 ans, Mojtaba Khamenei, figure influente du système politique iranien et proche des milieux conservateurs, devient ainsi le troisième guide suprême de la République islamique, un poste clé qui concentre les principaux leviers du pouvoir politique, militaire et religieux.
Une succession sous haute tension
La désignation du nouveau guide suprême a été annoncée par l’Assemblée des experts, l’organe religieux composé de 88 membres chargé de choisir le chef de l’État iranien.
Dans un communiqué relayé par les médias officiels, l’instance a indiqué que l’ayatollah Mojtaba Hosseini Khamenei était nommé guide suprême de la République islamique, après un vote présenté comme décisif.
Peu après l’annonce, les Gardiens de la Révolution, pilier militaire du régime, ont prêté allégeance au nouveau dirigeant.
Des images diffusées par la télévision d’État ont montré des rassemblements et des scènes de célébration dans plusieurs villes du pays.
Pourtant, la succession du fils d’Ali Khamenei nourrit également des critiques. Certains observateurs y voient une évolution vers une forme de transmission dynastique du pouvoir, une perspective pourtant rejetée historiquement par le régime issu de la Révolution islamique de 1979, qui avait mis fin à la monarchie héréditaire en Iran.
Israël et Washington menacent le nouveau dirigeant
La nomination de Mojtaba Khamenei intervient alors que les tensions militaires restent extrêmement vives.
Israël a déjà indiqué que le nouveau guide suprême pourrait devenir « une cible » dans le cadre de la guerre en cours.
De son côté, l’ancien président américain Donald Trump a affirmé que le dirigeant iranien « ne tiendra pas longtemps » sans l’aval de Washington, allant jusqu’à qualifier Mojtaba Khamenei de « poids plume » dans le jeu géopolitique régional.
Téhéran a immédiatement rejeté ces déclarations. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a rappelé que le choix du guide suprême relevait uniquement du « peuple iranien » et de ses institutions.
Téhéran sous les bombardements
Pendant ce temps, la guerre continue de frapper le territoire iranien.
Dimanche, plusieurs explosions ont été entendues dans la capitale Téhéran, où des frappes israéliennes ont visé des infrastructures liées aux Gardiens de la Révolution.
L’armée israélienne affirme avoir ciblé des réservoirs de carburant utilisés pour les installations militaires, ainsi que le quartier général de la force aérospatiale des Gardiens de la Révolution.
Les bombardements ont provoqué d’importants dégâts dans certains quartiers résidentiels, où les vitres d’immeubles ont été soufflées par les explosions.
La situation économique se dégrade également rapidement : la distribution d’essence est désormais limitée à 20 litres par véhicule, provoquant de longues files d’attente devant les stations-service.
Selon le ministère iranien de la Santé, plus de 1.200 personnes ont été tuées et plus de 10.000 civils blessés depuis le début du conflit, des chiffres impossibles à vérifier de manière indépendante.
Une guerre régionale en expansion
Le conflit dépasse désormais largement les frontières iraniennes.
Au Liban, une frappe israélienne sur un hôtel du centre de Beyrouth a tué cinq officiers des Gardiens de la Révolution, dont trois commandants de la force Qods, branche chargée des opérations extérieures.
Les frappes israéliennes contre le Hezbollah ont déjà fait 394 morts et plus de 517.000 déplacés, selon les autorités libanaises.
Dans le Golfe, les tensions militaires se multiplient. L’Iran a lancé missiles et drones contre plusieurs installations stratégiques, provoquant des dégâts au Koweït, à Bahreïn et en Arabie saoudite, où un projectile tombé dans une zone résidentielle a fait deux morts.
Les États-Unis ont également annoncé la mort d’un septième militaire américain, tué dans des frappes iraniennes contre des bases dans le Golfe.
Un conflit qui menace l’équilibre énergétique mondial
L’un des principaux risques de cette guerre concerne désormais les flux mondiaux d’hydrocarbures.
Le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial et une part similaire du gaz naturel liquéfié, est au cœur des inquiétudes.
Toute perturbation durable de ce corridor maritime pourrait provoquer une flambée des prix de l’énergie sur les marchés internationaux.
Quelles implications pour l’Algérie ?
Pour l’Algérie, grand producteur de gaz et de pétrole, l’évolution du conflit est suivie avec attention.
Une crise prolongée au Moyen-Orient pourrait avoir un double effet : d’un côté, une hausse des prix de l’énergie favorable aux exportateurs d’hydrocarbures ; de l’autre, une instabilité géopolitique accrue susceptible de perturber l’équilibre des marchés mondiaux.
Sur le plan diplomatique, Alger pourrait également être amenée à défendre sa ligne traditionnelle de non-alignement et de règlement politique des conflits, dans un contexte où les tensions entre grandes puissances risquent de se renforcer.
La nomination de Mojtaba Khamenei intervient ainsi à un moment charnière : celui d’une guerre qui redessine déjà les équilibres stratégiques du Moyen-Orient et pourrait avoir des répercussions bien au-delà de la région.










