Projeté en avant-première à Alger, le long métrage Hadda du réalisateur Ahmed Riad s’inscrit dans cette nouvelle dynamique du cinéma algérien qui cherche à revisiter, par la fiction, les pages les plus sensibles de l’histoire nationale. À travers le destin d’une infirmière du maquis, le film rend hommage à ces femmes restées longtemps en marge du récit officiel de la Guerre de libération.
Présenté à la salle Ibn Zeydoun devant un public nombreux, le film avait déjà retenu l’attention lors de sa projection au Festival international du film d’Alger (AIFF), confirmant l’intérêt suscité par cette œuvre dès ses premières diffusions.
Une fiction librement inspirée du réel
Adapté du témoignage de la moudjahida Yamina Cherrad Bennaceur, Hadda revendique une approche narrative assumée, où la fiction prend une place centrale dans la reconstitution du vécu des infirmières du maquis.
Le film privilégie ainsi une écriture dramatique qui, par moments, s’éloigne de la stricte rigueur historique pour proposer une lecture plus romancée et accessible. Un choix qui, sans remettre en cause la portée mémorielle de l’œuvre, inscrit clairement le film dans une logique de narration cinématographique plutôt que documentaire.
Porté par l’interprétation de Lydia Larini, le personnage de Hadda incarne cette figure de femme engagée, à la fois soignante, formatrice et relais logistique au cœur d’un environnement hostile.
Une maîtrise technique au rendez-vous
Sur le plan formel, le film se distingue par une réelle exigence technique. Le travail de l’image capte avec efficacité les reliefs et la rudesse des paysages, notamment grâce à un tournage entre Constantine et Skikda, dont le choix renforce l’authenticité visuelle de l’ensemble.
La prise de son, sobre et maîtrisée, accompagne sans surcharge une narration qui laisse respirer les scènes, tandis que le montage adopte un rythme équilibré, évitant les effets de surenchère dramatique.
Ces choix techniques traduisent une volonté claire de proposer un cinéma soigné, où l’esthétique vient soutenir, sans l’alourdir, le propos historique.
Un hommage nécessaire, entre mémoire et interprétation
Au-delà de ses partis pris narratifs, Hadda reste avant tout un hommage appuyé aux infirmières de la Guerre de libération, dont l’engagement, à la fois sanitaire et militant, a longtemps été relégué au second plan.
La présence de Yamina Cherrad Bennaceur lors de cette avant-première a d’ailleurs donné une résonance particulière à la projection, rappelant que derrière la fiction subsiste une mémoire bien réelle.
Un film entre ambition et équilibre
Premier long métrage de fiction d’Ahmed Riad, Hadda illustre les défis auxquels fait face le cinéma historique en Algérie : trouver le juste équilibre entre fidélité aux faits et exigences de la narration.
En optant pour une approche accessible et incarnée, le film assume ses choix, au risque parfois de simplifier certaines réalités, mais sans jamais perdre de vue son objectif principal : transmettre, par l’image, une mémoire encore vive.
Sa sortie en salles, prévue à partir du 10 avril, permettra de mesurer la réception du public face à cette œuvre qui, entre hommage et interprétation, participe à sa manière à la construction du récit national.










