Le Vatican a officialisé le déplacement du pape Léon XIV en Algérie du 13 au 15 avril 2026, dans le cadre d’une tournée africaine de dix jours. Une visite qui fera date : il s’agira de la première visite d’un pape en Algérie depuis l’indépendance — et dans l’histoire moderne du pays.
Cette séquence diplomatique et religieuse revêt une portée symbolique particulière dans un pays où l’islam est religion d’État et où la communauté chrétienne demeure ultra-minoritaire. Selon les estimations concordantes d’organisations religieuses et d’ONG spécialisées, les chrétiens représentent moins de 1 % de la population algérienne, composée à plus de 99 % de musulmans.
Dans un communiqué publié mercredi, la Présidence de la République a indiqué que l’Algérie « se félicite » de l’annonce officielle faite par les autorités de l’État du Vatican concernant la visite de Sa Sainteté le pape Léon XIV en Algérie, à l’invitation du président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
Selon la même source, ce déplacement devrait « consolider les liens d’amitié, de confiance et d’entente » entre Alger et le Vatican, tout en ouvrant « de nouvelles perspectives de coopération ». La Présidence souligne également une convergence de vues autour de la nécessité de bâtir « un monde fondé sur la paix et les valeurs du dialogue et de la justice », face aux défis actuels auxquels l’humanité est confrontée.
Sur les pas de Saint Augustin, figure universelle née en terre algérienne
Le souverain pontife visitera Alger puis Annaba, ancienne Hippone, ville dont fut évêque Saint Augustin (354-430), l’un des plus grands penseurs de la chrétienté, né à Thagaste (actuelle Souk Ahras). La basilique Saint-Augustin d’Annaba, édifiée à la fin du XIXe siècle, devrait constituer un moment fort du séjour.
En décembre dernier, Léon XIV avait exprimé son souhait de se rendre en Algérie pour « visiter les lieux de vie de Saint Augustin » et « approfondir le dialogue entre les mondes chrétien et musulman ». Une démarche qui s’inscrit dans la continuité des efforts du Saint-Siège en matière de dialogue interreligieux.
Si l’Algérie n’a jamais accueilli de pape, d’autres pays à majorité musulmane ont déjà reçu un souverain pontife. Jean-Paul II s’était rendu en Égypte en 2000, tandis que François a multiplié les déplacements dans le monde arabe, notamment en Irak et aux Émirats arabes unis. Mais pour l’Algérie, il s’agit bien d’une première historique.
Dialogue interreligieux et mémoire des moines de Tibhirine
Cette visite intervient également près de trente ans après l’assassinat des moines trappistes de Tibhirine en 1996, durant la décennie noire. Les 19 religieux martyrs d’Algérie ont été béatifiés en 2018 à Oran, lors d’une cérémonie historique marquant un moment important pour l’Église locale.
Le déplacement de Léon XIV devrait ainsi conjuguer trois dimensions : mémoire historique, dialogue interreligieux, et reconnaissance d’un héritage chrétien ancien en terre algérienne.
Car au-delà du faible nombre de fidèles aujourd’hui, l’Algérie conserve un patrimoine chrétien important : ruines d’Hippone, basiliques, cathédrales coloniales, sans oublier l’influence intellectuelle majeure de Saint Augustin dans la pensée occidentale.
Dans un contexte régional marqué par les tensions géopolitiques et les recompositions religieuses, cette visite pontificale apparaît comme un geste à haute valeur symbolique. Elle place l’Algérie au cœur d’une séquence diplomatique inédite, où se croisent mémoire, spiritualité et enjeux contemporains de coexistence.
Une page nouvelle s’apprête à s’écrire dans l’histoire religieuse du pays.










