Le Moyen-Orient est entré dans une séquence d’une gravité exceptionnelle. L’annonce officielle de la mort du Guide suprême iranien Ali Khamenei, ainsi que de plusieurs des plus hauts responsables militaires du pays, dans des bombardements israélo-américains, a provoqué un basculement stratégique immédiat. Entre transition politique inédite à Téhéran, menaces de représailles massives et fermeture du détroit d’Ormuz, la crise prend désormais une dimension mondiale.
Selon l’agence officielle iranienne IRNA, ces responsables participaient à une réunion du Conseil de défense au moment de l’attaque. Parmi les victimes figurent le chef d’état-major des forces armées, le général Abdolrahim Moussavi, le commandant en chef des Gardiens de la Révolution, le général Mohammad Pakpour, l’amiral Ali Shamkhani, conseiller du Guide suprême et secrétaire du Conseil de défense, ainsi que le ministre de la Défense, le général Aziz Nasirzadeh. D’autres noms pourraient être annoncés ultérieurement.
Transition inédite au sommet de l’État iranien
La mort confirmée d’Ali Khamenei ouvre une phase de transition exceptionnelle au sommet du pouvoir iranien. Un triumvirat a été désigné pour assurer l’intérim : le président Massoud Pezechkian, le chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei et un juriste du Conseil des gardiens de la Constitution.
Cette configuration provisoire intervient dans un climat de tension extrême, les Gardiens de la Révolution ayant promis « l’offensive la plus féroce de l’histoire » de la République islamique contre Israël et les États-Unis.
Le détroit d’Ormuz fermé
Dans la foulée, l’Iran a mis à exécution l’un des leviers stratégiques les plus sensibles : le blocage du détroit d’Ormuz. Des sources occidentales confirment la fermeture de ce passage maritime vital, tandis que plusieurs navires ont indiqué avoir reçu des communications iraniennes leur interdisant toute circulation dans la zone.
Les conséquences ont été immédiates. Des armateurs de grandes compagnies pétrolières, gazières et commerciales ont suspendu le transport de pétrole brut, de carburants et de gaz naturel liquéfié (GNL). Les navires s’accumulent aux abords des ports du Golfe, notamment à Fujairah, aux Émirats arabes unis.
Le groupe allemand Hapag-Lloyd a annoncé la suspension de tout transit par Ormuz jusqu’à nouvel ordre, prévenant que les escales dans les ports de la région pourraient subir d’importants retards ou être redirigées.
Un goulet d’étranglement énergétique mondial
Large d’une cinquantaine de kilomètres entre les côtes iraniennes et celles du Sultanat d’Oman, le détroit d’Ormuz constitue le principal corridor énergétique mondial. Environ un cinquième du pétrole consommé quotidiennement dans le monde y transite, soit près de 20 millions de barils par jour au premier trimestre 2025.
Le Koweït, l’Irak et le Qatar dépendent entièrement de cette voie maritime pour leurs exportations. L’Arabie saoudite y fait passer environ 6,6 millions de barils par jour et les Émirats arabes unis 3,3 millions.
Des alternatives existent, notamment un oléoduc saoudien vers la mer Rouge et une canalisation émiratie contournant Ormuz, mais leurs capacités cumulées – estimées à environ 6,5 millions de barils par jour – restent largement inférieures aux volumes habituellement transportés.
L’essentiel des cargaisons est destiné aux marchés asiatiques, en particulier à la Chine, à l’Inde, à la Corée du Sud et au Japon. L’impact concerne également le gaz naturel liquéfié : en 2024, le Qatar et les Émirats ont exporté environ 84 millions de tonnes de GNL, représentant près de 20 % de l’offre mondiale.
Choc pétrolier et risque inflationniste
Une fermeture prolongée du détroit pourrait entraîner une flambée des prix de l’énergie et raviver les tensions inflationnistes mondiales, déjà fragilisées par les répercussions de la guerre en Ukraine.
Selon les projections d’Oxford Economics, le baril de Brent pourrait atteindre 140 dollars, contre 73 dollars la veille des frappes américano-israéliennes. Un tel scénario exercerait une pression particulièrement forte sur les économies asiatiques, qui dépendent de cette route maritime pour environ 75 % de leurs importations de pétrole brut et de gaz.
La situation demeure évolutive, avec un risque élevé d’extension régionale du conflit. Les appels internationaux à la retenue se multiplient, tandis que les marchés mondiaux surveillent de près les développements militaires et diplomatiques des prochaines heures.










