La présidente du Conseil des ministres italien, Giorgia Meloni, est arrivée ce mercredi matin à Alger pour une visite officielle inscrite dans un contexte énergétique et géopolitique particulièrement sensible. À son arrivée à l’aéroport international Houari-Boumediene, la responsable italienne a été accueillie par le Premier ministre Sifi Ghrieb, avant d’être reçue en audience officielle au siège de la présidence de la République par le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune.
Cette visite intervient alors que les équilibres énergétiques en Méditerranée connaissent de profondes mutations, notamment à la lumière des tensions persistantes au Moyen-Orient et des incertitudes pesant sur les routes maritimes stratégiques. Dans ce contexte, la coopération gazière entre l’Algérie et l’Italie devrait constituer le principal dossier des discussions bilatérales.
Depuis 2022, l’Italie s’est imposée comme le premier client gazier de l’Algérie, devançant l’Espagne, dans un environnement marqué par l’arrêt du gazoduc reliant l’Algérie à la péninsule ibérique via le Maroc et par des tensions politiques qui ont reconfiguré les priorités énergétiques d’Alger. Le partenariat énergétique entre Alger et Rome repose notamment sur le gazoduc Transmed, qui constitue l’axe majeur d’acheminement du gaz naturel algérien vers le marché italien.
Toutefois, la conjoncture internationale actuelle, caractérisée par une forte volatilité des prix et par des perturbations dans les flux mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL), rebat les cartes des négociations. Le gaz exporté par gazoduc est généralement commercialisé dans le cadre de contrats à moyen et long terme avec des prix négociés à l’avance, alors que le GNL est vendu sur le marché spot, au prix du jour, offrant davantage de flexibilité et de rentabilité en période de tension sur l’offre mondiale.
Face à la hausse des cours liée notamment aux difficultés d’acheminement du GNL qatari — premier producteur mondial — l’Algérie privilégie actuellement la transformation de ses volumes excédentaires en GNL afin d’en optimiser la valorisation sur les marchés internationaux. L’Italie, de son côté, souhaiterait obtenir des quantités supplémentaires via le Transmed, à des conditions tarifaires proches de celles prévues dans les contrats existants. Alger se dit disposée à augmenter les volumes livrés, mais privilégie une partie des livraisons sous forme de GNL, ce qui ouvre des discussions pour parvenir à un accord jugé équitable par les deux parties.
Rome ambitionne par ailleurs de consolider son rôle de hub énergétique régional, en redistribuant une partie du gaz importé vers d’autres marchés européens dans le cadre de mécanismes de partage qui associent les intérêts des deux partenaires. Dans le même temps, la Turquie demeure le premier client du GNL algérien, illustrant la diversification progressive des débouchés commerciaux de Sonatrach.
Au-delà du volet énergétique, les entretiens devraient également porter sur les développements sécuritaires au Moyen-Orient, leurs impacts sur les marchés internationaux et les perspectives de coopération économique et industrielle entre Alger et Rome. Dans un contexte marqué par la recherche européenne de nouvelles garanties d’approvisionnement et par la volonté algérienne de maximiser la valeur de ses ressources, cette visite confirme la centralité stratégique du partenariat algéro-italien sur la scène méditerranéenne.










