Le retour de l’ambassadeur de France, Stéphane Romatet, à Alger ne doit tromper personne. S’il s’inscrit dans une froide logique pragmatique — ne serait-ce que pour la gestion des intérêts de notre communauté en France — il ne saurait être accueilli avec réjouissance. Appelons cela un dégel technique, mais ne commettons pas l’erreur de parler d’apaisement. Entre Alger et Paris, le malentendu n’est pas diplomatique, il est civilisationnel et moral.
Le geste symbolique posé à Sétif, en ce 8 mai, illustre une fois de plus cette méthode alambiquée, presque déconcertante, de traiter l’histoire. Paris nous offre des noms en pâture, comme pour apaiser une mauvaise conscience : un jour Maurice Audin, un autre Ali Boumendjel, plus récemment Larbi Ben M’hidi. Il y a un malaise profond à voir nos héros ainsi instrumentalisés par l’Élysée pour orchestrer ce qui ressemble de plus en plus à un déni sophistiqué.
La colonisation n’a été ni une œuvre de bâtisseurs, ni une mission civilisatrice. Elle fut une entreprise d’extermination et de spoliation. Il faut le rappeler constamment : la colonisation française destinait le peuple algérien au sort des Amérindiens. Si nous sommes encore là, ce n’est pas par la grâce de la France, mais parce que le projet a échoué devant la résilience du mouvement national et le sursaut sanglant du 8 mai 1945.
Nous sommes épuisés d’entendre le récit lénifiant sur les immeubles haussmanniens, les ponts ou les hôpitaux légués. C’est une plaisanterie au goût de sang. Ce que la France a réellement laissé, derrière les dévastations finales de l’OAS, c’est un trauma majeur, une plaie ouverte par une violence continue de 132 ans.
Emmanuel Macron, en quête d’un « succès algérien » pour clore son mandat, semble refuser de voir l’essentiel. Les Algériens n’ont pas besoin que la France leur apprenne qui étaient Audin ou Ben M’hidi ; ils les honorent déjà dans chaque fibre de leur mémoire nationale. Ce que nous exigeons, ce n’est pas une comptabilité macabre des victimes reconnues au compte-gouttes, mais la reconnaissance du colonialisme en tant que crime global.
De cette abjection systémique, la France n’est manifestement pas prête à discuter. Et ce n’est pas la montée d’une extrême-droite revancharde et nostalgique de l’Algérie française qui facilitera ce rendez-vous avec la vérité. En attendant, le ballet des ambassadeurs n’est qu’une gestion de surface sur un océan de non-dits.










