Accueil Actualités Violences faites aux femmes : ce que révèle vraiment le rapport régional...

Violences faites aux femmes : ce que révèle vraiment le rapport régional sur l’Algérie

0
Violences faites aux femmes : ce que révèle vraiment le rapport régional sur l’Algérie

L’initiative féministe euro-méditerranéenne (EFI) a publié son rapport 2024 consacré aux violences faites aux femmes et aux filles dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et du sud de la Méditerranée. Le document dresse un tableau plus nuancé de la situation algérienne, mettant en évidence à la fois des acquis institutionnels réels et des lacunes persistantes en matière de coordination, de données statistiques et de suivi des politiques publiques.

Le rapport, élaboré dans le cadre de l’« Indice régional sur les violences faites aux femmes et aux filles », compare plusieurs pays de la région, dont l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, la Jordanie, l’Égypte ou encore le Liban. Il évalue les États selon différents critères : cadre juridique, prévention, protection des victimes, services publics, collecte des données ou encore mécanismes de gouvernance.

Contrairement à l’image d’un pays totalement en retrait, l’Algérie apparaît dans une position intermédiaire à relativement favorable sur plusieurs indicateurs liés à la prise en charge institutionnelle. Le document souligne notamment l’existence de dispositifs publics de soutien aux femmes victimes de violences, ainsi que l’implication de structures étatiques dans l’accompagnement social et psychologique.

Sur l’indicateur relatif aux services financés par l’État, l’Algérie obtient ainsi un score de 13,3 sur 15, se plaçant juste derrière la Tunisie (13,7) et devant plusieurs autres pays de la région, notamment le Liban. Le rapport met en avant l’existence de centres d’accueil temporaires et de mécanismes publics d’accompagnement, même si leur couverture territoriale demeure inégale.

L’étude relève également que l’Algérie figure parmi les pays disposant de lignes téléphoniques d’assistance psychologique gratuites pour les femmes victimes de violences, aux côtés de l’Égypte, de la Jordanie et de la Tunisie.

Mais ces résultats relativement positifs sur certains volets ne masquent pas les limites structurelles relevées par les auteurs du rapport. Le document insiste notamment sur le manque de données publiques consolidées concernant les violences faites aux femmes, l’absence d’indicateurs statistiques régulièrement publiés, ainsi que les difficultés de coordination entre institutions publiques, justice, services de santé et société civile.

Le rapport estime également que les politiques publiques restent insuffisamment évaluées et souffrent d’un déficit de budgétisation clairement identifiable. Plusieurs mécanismes existent, mais leur efficacité demeure difficile à mesurer en raison du manque de transparence statistique.

Autre limite soulignée : l’écart entre l’arsenal juridique et son application effective sur le terrain. Si certaines formes de violences conjugales sont criminalisées en Algérie depuis plusieurs années, les associations citées dans le rapport évoquent encore des obstacles sociaux, administratifs et culturels freinant le signalement des violences et l’accès aux dispositifs de protection.

À l’échelle régionale, la Tunisie demeure le pays le mieux classé sur les mécanismes institutionnels et les politiques publiques dédiées à la lutte contre les violences faites aux femmes. Le Liban, lui, apparaît plus dépendant des ONG et des financements internationaux pour assurer la prise en charge des victimes.

Dans ce paysage régional contrasté, l’Algérie apparaît donc dans une situation intermédiaire : mieux dotée institutionnellement que certains pays voisins sur plusieurs indicateurs sociaux, mais encore confrontée à d’importantes faiblesses en matière de gouvernance, de suivi et de production de données publiques fiables.

Le rapport conclut d’ailleurs que la lutte contre les violences faites aux femmes dans la région ne dépend plus uniquement de l’adoption de lois, mais désormais de la capacité des États à produire des statistiques transparentes, financer durablement les dispositifs existants et assurer une coordination effective entre tous les acteurs concernés.

Sources :

Article précédentDGSI : le général-major Zahi Mounir succède au général-major Abdelkader Aït Ouarabi
Article suivantJournée de l’Afrique : Antonio Guterres alerte sur l’urgence de l’accès à l’eau et à l’assainissement