C’est une visite historique qui s’ouvre ce lundi 13 avril 2026. Entre les protocoles d’État à Alger, les saveurs péruviennes de sa table privée et le pèlerinage mémoriel à Annaba, le Pape Léon XIV vient à la rencontre d’une Algérie qui réclame, avec fierté, sa part d’universel à travers la figure de Saint Augustin.
Alger : Le protocole et la mémoire
L’avion pontifical touchera le tarmac de l’Aéroport Houari-Boumédiène à 10h00 précise. Dès lors, chaque minute de ce voyage sera un symbole. Accueilli par le président Tebboune, le souverain pontife entamera son périple par un geste de respect envers l’histoire du pays hôte : un recueillement au Maqam Echahid. Sur l’esplanade de Riad El Feth, sous une sécurité renforcée, des milliers d’Algériens sont attendus. Ce passage par le sanctuaire des Martyrs n’est pas qu’une formalité ; il inscrit la visite du Pape dans la reconnaissance de la trajectoire algérienne vers sa liberté.
La journée de lundi sera marquée par un moment inédit : le Pape rencontrera les autorités et la société civile au Centre de conférences de la Grande Mosquée d’Alger (Djamaâ el-Djazair). Dans l’après-midi, il y retournera pour un geste fort en faveur du dialogue interreligieux. Voir le chef de l’Église catholique au cœur de la troisième plus grande mosquée du monde est une image qui fera le tour du globe, affirmant Alger comme un carrefour de tolérance. Une occasion aussi, pour le souverain pontife, de parler, de paix, de cohabitation mais aussi de colonisation. Un sujet encore douloureux dans un pays qui a en a souffert durant 132 ans.
Notre-Dame d’Afrique : « Madame l’Afrique » veille sur la Baie
À 16h40, le Pape Léon XIV gravira les hauteurs d’Alger pour rejoindre un lieu dont l’âme dépasse largement les frontières de la communauté chrétienne : la Basilique Notre-Dame d’Afrique. Dominant le quartier de Bab El Oued, cette sentinelle de style romano-byzantin est surnommée avec affection « Madame l’Afrique » par les Algérois.
Ce sanctuaire est unique au monde par son message. En franchissant le portail, le Pape pourra lire, gravée dans l’abside, l’inscription qui fait la spécificité de ce lieu : « Notre Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les Musulmans ». Ici, la foi ne divise pas, elle rassemble sous un même dôme. Dans ce lieu emblématique, le souverain pontife rencontrera la communauté chrétienne locale, mais il s’adressera aussi, par-delà les murs, à l’ensemble de la population. À l’heure où le soleil commence à décliner sur la baie d’Alger, cette étape marquera le sommet spirituel de la première journée, soulignant que la tolérance n’est pas un vain mot, mais une pierre angulaire de l’identité algérienne.
La diplomatie passe aussi par l’assiette
Pourtant, derrière la solennité des discours, une décision protocolaire plus intime retient l’attention : le choix du menu. Logé à l’ambassade du Vatican, à deux pas de Notre-Dame d’Afrique, Léon XIV a confié ses repas au cuisinier de l’ambassade du Pérou.
Né à Chicago, mais ayant passé des décennies comme évêque de Chiclayo, le Pape, péruvien depuis 2015, porte le Pérou dans son cœur. À Alger, entre deux rencontres officielles, il retrouvera les saveurs de sa terre d’adoption. On imagine déjà le parfum du ceviche — ce poisson cru saisi par le citron vert et le piment — ou la douceur d’un ají de gallina. Ce choix culinaire raconte l’homme derrière le titre : un pasteur resté fidèle aux cantines populaires de Pachacamac, rappelant que la paix a souvent le goût d’un plat partagé.
Saint Augustin : L’enfant du pays retrouve ses racines
Le mardi 14 avril, le voyage prendra une dimension plus philosophique avec le déplacement vers Annaba. Ici, l’ombre de Saint Augustin (354-430) plane sur chaque pierre. En visitant le site archéologique de l’ancienne Hippone, le Pape Léon XIV ne visite pas seulement des ruines romaines, il rend hommage à l’un des esprits les plus puissants de l’humanité, né à Thagaste (Souk Ahras).
Longtemps perçu comme une icône purement occidentale, Augustin fait aujourd’hui l’objet d’une nécessaire réappropriation en Algérie. Car avant d’être le père de la patristique latine, Augustin était un Numide. Sa pensée a été forgée par les tensions sociales de l’Afrique du Nord, par les débats des assemblées africaines et par la lumière de ce terroir. Réclamer l’« Augustin Algérien », comme le fait le récit national aujourd’hui, c’est affirmer que le christianisme antique n’est pas un apport extérieur, mais une strate endogène de l’histoire du pays.
À 15h30, lorsqu’il présidera la messe dans la Basilique Saint-Augustin d’Annaba, surplombant les ruines de l’ancienne cité où l’évêque prêcha jadis, le Pape bouclera une boucle millénaire.
Un pont entre les mémoires
De la visite privée au centre des sœurs missionnaires augustiniennes à Bab El Oued jusqu’aux hauteurs d’Hippone, ce voyage pontifical dessine une carte de la fraternité. Entre la Méditerranée et les Andes, entre la Grande Mosquée et la Basilique de marbre, Léon XIV incarne ce pont qu’il n’a cessé de construire.
L’enjeu pour l’Algérie est de taille : montrer que l’héritage d’Augustin, comme celui d’Ibn Khaldoun plus tard, est une source d’inspiration pour une pensée nationale décomplexée. Augustin, l’intellectuel total ancré dans sa terre numide mais ouvert sur l’infini, offre une continuité historique précieuse.
Au terme de ces deux jours, entre Alger et Annaba, l’image qui restera ne sera peut-être pas celle du dogme, mais celle de l’humain : un Pape dégustant un plat péruvien sous le soleil algérien, honorant un philosophe africain dont la voix résonne encore dans toutes les langues du monde.










