Il y a des décisions protocolaires qui en disent long sans jamais avoir besoin de discours. Celle de confier les repas du Pape Léon XIV, lors de sa visite à Alger, au cuisinier de l’ambassade du Pérou en est une. À quelques encablures de Notre-Dame d’Afrique, où il sera logé à l’ambassade du Vatican, c’est tout un pan de son histoire personnelle qui s’invitera à table.
Car derrière ce choix, il y a bien plus qu’une question de gastronomie : une mémoire, une trajectoire, presque une géographie intime. Né à Chicago, devenu évêque de Chiclayo après des décennies passées au Pérou, Léon XIV a fait de ce pays bien plus qu’une terre de mission — un ancrage. Alors, à Alger, c’est aussi ce Pérou-là, populaire, chaleureux, métissé, qui accompagnera ses repas.
Et quel Pérou ! Une cuisine-monde, née du croisement des héritages incas, espagnols, chinois, japonais et africains. Une cuisine où le citron vert claque, où le piment réveille, où la pomme de terre — déclinée en milliers de variétés — raconte une civilisation entière.
Impossible, dès lors, d’imaginer un menu sans le mythique ceviche, cœur battant de la gastronomie péruvienne. Poisson cru à peine saisi par l’acidité du citron vert, relevé d’ají limo, adouci par la patate douce et le maïs andin : un plat d’équilibre, à la fois vif et délicat, presque spirituel dans sa simplicité.
Mais la table pontificale ne s’arrêtera sans doute pas là. Elle pourrait se prolonger avec un lomo saltado, mariage inattendu de techniques chinoises et de saveurs locales, ou un ají de gallina, onctueux et épicé, qui dit à lui seul la douceur du foyer péruvien. Peut-être même quelques anticuchos, ces brochettes populaires, ancrées dans une histoire culinaire faite de débrouille et de créativité.
Dans ce choix culinaire, il y a une forme de fidélité : celle d’un homme resté proche des gens simples, des cantines populaires de Pachacamac aux ruelles de Chiclayo. Une manière aussi de rappeler que la diplomatie ne se joue pas uniquement dans les salons feutrés, mais parfois autour d’une table, dans la chaleur d’un plat partagé.
À Alger, entre Méditerranée et Andes, entre histoire et présent, le Pape Léon XIV incarnera ainsi, jusque dans son assiette, ce pont qu’il n’a cessé de construire : entre les cultures, les peuples et les mémoires. Et si la paix avait aussi ce goût-là — acidulé, épicé, profondément humain ?










