“La galerie SKIFA” de Souad Melouli, un petit écrin de l’art Algérien

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"La galerie SKIFA" de Souad Melouli, un petit écrin de l'art Algérien
"La galerie SKIFA" de Souad Melouli, un petit écrin de l'art Algérien ©Guide Nomad
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Imaginez une belle demeure atypique, sous l’enseigne soigneusement choisie en souvenir des maisons arabes traditionnelles. Ce lieu est “la galerie SKIFA “ une “cimaise” pour l’art et l’artisanat Algérien, initiée par Souad Melouli, artisane, créatrice de bijoux et artiste peintre.

En franchissant le seuil de la porte, on remarque que c’est le style des maisons arabes d’antan qui s’impose dans la galerie. Les visiteurs s’y introduisent par “la Skifa” une petite pièce d’où on aperçoit “Ouest Eddar” le cœur de la maison.

“La galerie SKIFA” est aussi le lieu de vie de Souad. Il y a plus de 3 ans, elle crée cet espace pour rendre hommage à l’art et l’artisanat Algérien.

“De mes voyages à travers mon pays, j’ai rapporté des souvenirs, mais aussi des rencontres d’exceptions avec des artistes talentueux, aux univers artistiques plus singuliers les uns que les autres mais à mal de visibilité. Je voulais modestement les aider à promouvoir leur savoir-faire d’où l’idée de transformer mon lieu de vie en un espace d’exposition”, raconte Souad Melouli .

Au cœur de la galerie, c’est le plaisir du beau, de l’authentique souvent de l’ancien qui règne. Les murs tendus de toiles, le sol habillé de tapis traditionnels et des présentoirs en fer forgé sur lesquels sont posés des objets en céramique et dinanderie, illuminent la salle d’exposition.

À travers “La galerie SKIFA”, Souad Melouli invite “ses convives” comme elle aime appeler ses visiteurs à renouer avec leur patrimoine tant matériel qu’immatériel “ces objets que les artisans créent ne sont pas dépourvus de sens. Souvent je crée dans ce grand espace, un petit espace pour rappeler une scène de vie d’autrefois”.

Une table basse “El Maida” en bois occupe un coin de la galerie sur laquelle sont posés des plateaux de cuivre ciselé, portant des tasses de café en céramique, restitue l’art de vivre Arabo-musulman d’autrefois.

“Bien des rituels gravitent autour de El Maida. Je cite à titre d’exemple le café de l’après midi, Kahouet El Aser, un moment de détente que les vieilles familles algériennes appréciaient en sirotant du café”, raconte l’artisane sur un ton nostalgique.

Dans “La galerie SKIFA” le travail manuel est dignement représenté : la broderie, la soie , la sculpture, la poterie, la céramique, le fer forgé, la peinture à l’huile, l’aquarelle, le bois, le tapis et bien d’autres métiers qui témoignent de la fécondité de l’art et l’artisanat Algérien.

Souad Melouli une galeriste mais avant tout une artisane

L’univers de Souad Melouli fait également parti de la galerie Skifa. Créatrice de bijoux avec des pierres semi-précieuses , Souad réinvente le bijou traditionnel en lui apportant une touche moderne.

Des parures, bagues, colliers, bracelets, boucles d’oreilles, ou encore des broches, les bijoux de Souad sont divers et variés. “Mes bijoux en argent mettent en valeurs toutes sortes de pierres : l’améthyste de couleur violette, la citrine est jaune, les rubis sont rouges, ces belles couleurs aux nombreuses nuances m’inspirent. Leurs formes, rondes, lisses ou facettées font que je ne reproduis jamais la même création”, précise Souad Melouli .

Si Souad Melouli se consacre pleinement à la création de bijoux depuis une dizaine d’années, ce savoir-faire elle le maitrise depuis son plus jeune âge. “Je me suis orientée vers la création de bijoux des l’âge de 9 ans. Je me souviens de ma mère qui m’achetait de petits bijoux chez des marchands à la Casbah mais contrairement aux autres enfants je ne les portais pas. Je m’amusais à les transformer et à mélanger les pierres pour en faire de nouveaux bijoux” se souvient-elle.

Au fil des années, Souad Melouli nourrit une réelle passion pour les bijoux et les pierres. “Dans ma famille, on aime le travail manuel et on l’encourage. Ma mère aimait les pacotilles de luxe, elle me donnait ses vieux colliers et m’observait en train de faire des montages de perles. Elle voyait que j’exigeais de moi même un travail de rigueur. Dès cet instant-là j’avais enfin le droit d’acheter ce dont j’avais besoin pour faire mes propres colliers”.

Sa première exposition remonte à plus de 15 ans. C’était lors d’un anniversaire chez un ami, qui lui avait donné l’opportunité d’exposer ses créations aux invités. “C’était la première fois que des étrangers voyaient mes créations et à ma grande surprise ils m’ont tout acheté!”. Une reconnaissance pour son talent qui la conforte dans son travail.

L’artisanat comme première initiation mais une carrière combinant différents métiers

Sa passion pour la création de bijoux l’a accompagné au fil des années. Souad Melouli insiste qu’il ne s’agit pas d’une reconversion professionnelle. “De tout temps j’ai été artisane”, confie Souad. Cette artisane autodidacte, aime les challenges et son parcours en témoigne. N’ayant pas obtenu son bac, Souad passe le concours de l’école des beaux arts et l’obtient seulement son père s’y oppose. “Bien que mon père respectait toujours nos choix, l’école des beaux-arts était un univers trop libre pour le conservateur qu’il était”.

C’est donc vers la médecine qu’elle se tourne et se spécialise, en “anesthésie-réanimation” . Elle travaille pendant des années dans plusieurs hôpitaux à Alger.

Apres la naissance de sa fille, Souad prend sa retraite. Mais sa carrière prend réellement son envol lorsqu’elle devient la gérante d’un grand magasin des établissements Lachachi spécialisés dans la fabrication de textile durant les années 90.

“Les gérants de cette entreprise sont des membres de ma famille originaire de Tlemcen. Ils possédaient à l’époque une chaine de magasins dans différentes villes à travers le pays, et il souhaitait que je me charge de l’ouverture et de la gérance d’une boutique à Alger.”

Le défi est de taille et Souad en est consciente. Apres avoir longuement réfléchi, Souad décide de relever ce nouveau challenge.

Pendant dix ans, Souad gère la boutique Lachachi située dans la rue Didouche Mourad. Elle a sous sa coupe plus de trente agents. Elle relève “brillamment” le défi et le commerce est florissant.

Quelques années plus tard, Souad met fin à sa carrière. “Les établissements Lachachi commercialisaient la literie de voilage, le produit était de bonne qualité et s’exportait dans plusieurs pays. Hélas l’importation arrive et le produit perd de sa valeur et l’entreprise Lachachi s’y mettait aussi.”

Souad était fière de représenter un produit authentique, le voir se dégrader et se faire remplacer par des produits “sans identité” et de moindre qualité allait à l’encontre de ses valeurs, explique elle son choix de mettre fin à sa collaboration au sein de cet établissement.

Cet attrait pour l’authenticité, l’art et la culture elle le doit à sa famille, originaire de Tlemcen. Son grand père était tisserand, quant à sa mère Algéroise, elle fut la première femme Algérienne à avoir sa boutique de Tricot dans la Rue Didouche Mourad.

“J’ai noué des affinités avec la matière et le travail manuel dès mon jeune âge. Dans l’atelier de mon grand-père, je le regardais transformer les fils en étoffe. Mon grand-père paternel peignait et ma mère était dans le travail de la laine. Ma passion a germé au regard de leurs œuvres”. Des œuvres qui naissent à la croisée du beau et l’utile conclue, l’artisane.

*Cet article a été publié initialement le 14 janvier 2017 sur le HufPost Algérie. La rédaction de 24H Algérie a décidé de le republier en hommage à Souad Melouli décédé le 27 décembre 2021.

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