Jamais, ou presque, une Coupe du monde n’avait abordé son match inaugural dans un climat aussi lourd de controverses. Alors que la 23e édition du Mondial doit s’ouvrir ce jeudi l’événement censé célébrer l’universalité du football apparaît déjà fragilisé par des tensions diplomatiques, des restrictions migratoires et des polémiques politiques qui éclipsent parfois le terrain.
Depuis plusieurs semaines, les difficultés s’accumulent autour de l’organisation de la compétition. Au point que certains observateurs, dans la presse internationale, évoquent déjà l’un des débuts de Coupe du monde les plus troublés de l’histoire moderne du football. Derrière ces critiques, deux figures reviennent constamment : le président de la FIFA, Gianni Infantino, et le président américain Donald Trump.
La FIFA avait vendu le Mondial 2026 comme la plus grande célébration du football jamais organisée : 48 équipes, trois pays hôtes, des audiences record et une ambition planétaire. À la veille du tournoi, l’image qui domine est pourtant celle d’une compétition rattrapée par les réalités géopolitiques.
L’affaire la plus symbolique concerne l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan. Désigné par la FIFA parmi les officiels de la Coupe du monde et élu meilleur arbitre africain de l’année 2025 par la CAF, il devait devenir le premier Somalien de l’histoire à arbitrer un match du Mondial. Malgré un visa valide, les autorités américaines lui ont refusé l’entrée sur leur territoire pour des raisons liées à des procédures de contrôle renforcées. La FIFA a confirmé qu’il ne participerait finalement pas à la compétition. L’affaire a provoqué une vague d’indignation tant elle apparaît en contradiction avec le discours d’ouverture et d’inclusion régulièrement défendu par l’instance mondiale. Notons au passage le silence assourdissant de la CAF sur une affaire qui concerne l’un de ses meilleurs arbitres.
Situation surréaliste pour l’équipe d’Iran
Mais le cas Artan n’est pas isolé. La sélection iranienne est aussi confrontée à de multiples obstacles administratifs. Si les joueurs ont finalement obtenu leurs visas, plusieurs responsables et membres du staff sont restés bloqués hors des États-Unis. Certains ont dû s’installer au Mexique dans l’attente d’une hypothétique autorisation d’entrée. Dans un contexte de tensions persistantes entre Washington et Téhéran, la participation de l’Iran est devenue un sujet politique à part entière. Pendant ce temps la guerre au Moyen-Orient menace d’enflammer le monde à nouveau.
Même certains supporters sont touchés. Plusieurs médias ont rapporté des difficultés d’accès au territoire américain pour des détenteurs de billets pourtant munis d’autorisations de voyage, tandis que les restrictions imposées à certains pays compliquent considérablement la venue de milliers de fans. La coupe du monde de football fête populaire en prend déjà un coup. Le cas de l’attaquant suisse Breel Embolo, confronté à des complications administratives avant d’obtenir finalement le feu vert pour entrer aux États-Unis, a renforcé le sentiment d’improvisation qui entoure l’événement. Le photographe officiel de l’équipe nationale irakienne, Talal Salah, s’est vu refuser l’entrée sur le territoire américain à l’aéroport de Chicago. Après avoir été détenu et interrogé pendant 12 heures, il a été contraint de faire demi-tour et renvoyé en Irak.
Ces difficultés relancent une question qui accompagne le tournoi depuis son attribution : la FIFA a-t-elle sous-estimé les conséquences des politiques migratoires américaines ?
Depuis plusieurs années, Gianni Infantino entretient une relation privilégiée avec les autorités américaines et a personnellement défendu la candidature nord-américaine. Ses détracteurs lui reprochent aujourd’hui d’avoir privilégié les considérations économiques et commerciales au détriment des garanties nécessaires au bon déroulement sportif de la compétition.
Dans plusieurs éditoriaux publiés ces derniers jours, des journaux européens ont également pointé les contradictions de l’instance mondiale. Comment promouvoir le slogan « Football Unites the World » lorsque des arbitres, des dirigeants, des membres de délégation et des supporters se voient empêchés de participer à la fête du football ?
Au-delà des questions de visas, le contexte politique américain contribue à alimenter les inquiétudes. Les opérations de contrôle migratoire menées par les services fédéraux, les débats autour de l’immigration et les tensions diplomatiques avec certains pays qualifiés donnent à cette Coupe du monde une dimension politique rarement observée à une telle échelle.
L’histoire du Mondial a connu son lot de controverses : la dictature argentine en 1978, les questions sécuritaires en Afrique du Sud en 2010, les accusations de corruption entourant l’attribution au Qatar en 2022. Mais rarement un pays organisateur avait donné l’impression d’être aussi peu en mesure de garantir un accès fluide et équitable à l’ensemble des acteurs de la compétition.
Pour la FIFA, le risque est immense. Car si les stades seront pleins et les audiences probablement record, l’image laissée par ce Mondial pourrait être celle d’un tournoi où les frontières ont davantage fait parler que le football.
Jeudi, lorsque le ballon commencera enfin à rouler, les organisateurs espèrent que l’attention se déplacera vers le terrain. Mais à la veille du coup d’envoi, une certitude s’impose déjà : cette Coupe du monde entre dans l’histoire pour de mauvaises raisons.
Et pour Gianni Infantino comme pour Donald Trump, la question est désormais la même : comment convaincre que le football est encore un espace universel lorsque tant d’obstacles empêchent certains de prendre part à sa plus grande célébration ?










