Scientifique de renommée internationale, pédagogue passionné et homme d’État engagé, Chems Eddine Chitour s’est éteint, laissant derrière lui le souvenir d’un visionnaire qui aura consacré sa vie à l’indépendance énergétique et intellectuelle de l’Algérie.
Né le 13 octobre 1944 à Bordj Bou Arreridj, Chems Eddine Chitour a incarné, durant plus de six décennies, l’excellence académique algérienne. Celui que l’on surnommait affectueusement « le Professeur » n’était pas seulement un expert des hydrocarbures, mais un éclaireur qui tentait de préparer son pays à l’après-pétrole.
L’ascèse du savoir
Pur produit de l’école algérienne, il forge son destin scientifique entre l’École nationale polytechnique d’Alger et l’Institut algérien du pétrole. Son parcours l’amène à décrocher un doctorat d’État à l’université Jean-Monnet, consolidant une expertise qui fera de lui un professeur de renom dès 1976.
Spécialiste de la physico-chimie des surfaces et de l’économie pétrolière, il fonde le Laboratoire de valorisation des énergies fossiles, tout en s’exportant comme professeur invité à Toulouse. Mais au-delà des laboratoires, c’est le système éducatif qui l’anime. Entre 2016 et 2019, il multiplie les écrits et les cris d’alarme pour une réforme profonde de l’école et de l’université, qu’il considérait comme les véritables gisements du futur.
Le serviteur de l’État
En janvier 2020, il quitte les amphithéâtres pour le Conseil des ministres. Nommé ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, il apporte sa rigueur académique à un secteur en quête de renouveau. Très vite, ses convictions écologiques et sa connaissance des enjeux climatiques mondiaux le propulsent, en juin 2020, à la tête d’un ministère pionnier : celui de la Transition énergétique et des Énergies renouvelables.
Il y défendra, avec une ferveur presque prophétique, la nécessité d’un « bouquet énergétique » équilibré et l’urgence de préserver les ressources fossiles pour les générations futures. Son engagement au sein de la haute administration se poursuivra jusqu’au Conseil de la nation, où il est désigné membre au titre du tiers présidentiel en 2022.
Un héritage intellectuel
Chems Eddine Chitour laisse derrière lui une œuvre écrite monumentale, traitant aussi bien de la thermodynamique que de l’histoire des civilisations ou de la géopolitique de l’énergie. Il était ce trait d’union rare entre la science dure et la réflexion philosophique sur le devenir de la nation algérienne.
Pour ses étudiants, ses collègues et ses compatriotes, il demeure l’exemple de l’intellectuel qui n’a jamais cessé de croire que la lumière viendrait du savoir.










